La Coalition pour les droits des femmes en situation de conflits a témoigné aujourd'hui devant la Commission de la vérité et de la réconciliation lors des audiences spéciales sur les actes de violence sexuelle commis pendant la guerre de dix ans. La Commission consacre deux jours à ces audiences sur la violence sexuelle.
« La violence sexuelle demeure le crime de guerre invisible de la Sierra Leone. Des milliers de femmes ont été violées pendant la guerre de dix ans, explique Binaifer Nowrojee, un avocat kenyan qui a témoigné au nom de la Coalition. La Commission offre aux survivantes de viols une occasion historique importante de briser le silence. »
Pendant le conflit qui a déchiré la Sierra Leone de 1991 à 2001, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été victimes d'une violence sexuelle largement répandue, incluant des viols individuels, en bandes ou au moyen d'objets comme des armes, du bois de chauffage, des parapluies et des pilons, sans discrimination ethnique, d'âge ou de classe socio-économique. La violence sexuelle a été infligée par le gouvernement et les rebelles, mais principalement par ces derniers.
Selon Human Rights Watch, des combattants enfants ont violé des femmes assez âgées pour être leur grand-mère; des rebelles ont violé des femmes enceintes et des femmes qui allaitaient; des pères ont été forcés d'assister au viol de leurs filles. Des femmes ont même été « mariées » de force à des combattants. Les jeunes femmes et filles que les rebelles croyaient vierges constituaient les premières cibles de viol et de mariage forcé. Le viol de nombreuses femmes a été si violent que leurs parties génitales ont été déchirées; certaines femmes sont mortes après s'être vidées de leur sang. Les crimes sexuels étaient en général d'une extrême brutalité et souvent précédés ou suivis de violations flagrantes des droits de la personne.
Ces audiences permettront à la Commission de la vérité et de la réconciliation d'examiner de plus près et de consigner les crimes de violence sexuelle perpétrés contre les femmes de la Sierra Leone durant le conflit. La violence sexuelle demeure le crime de guerre invisible de la Sierra Leone. Cette violation des droits de la personne a, jusqu'à tout récemment, attiré peu d'attention au plan national ou international même si la violence sexuelle était beaucoup plus répandue que les amputations, qui ont fait connaître la Sierra Leone. Le fait que ces viols n'aient pas été signalés autant qu'ils auraient dû l'être reflète l'incapacité de la plupart des observateurs, documentalistes et médias d'enquêter sur les attaques faites aux femmes et de les signaler. Il reflète aussi l'état de subordination des femmes et des jeunes filles en Sierra Leone, un grand désavantage qui minimise leur souffrance. Une autre raison du silence des survivantes : le stigmate et la honte intérieure qui les empêchent de porter plainte de peur que la famille ou la communauté ne les rejettent.
La Coalition a insisté auprès de la Commission de la vérité et de la réconciliation pour que celle-ci assure un environnement favorable aux victimes de viol, c'est-à-dire le confort et l'intimité dont elles ont besoin pour témoigner. La Coalition a pressé la Commission de s'assurer que les expériences des femmes pendant la guerre sont entièrement reflétées dans leurs constatations et conclusions. Concernant l'examen du viol et d'autres crimes de violence sexuelle, la Coalition a insisté auprès de la Commission pour qu'elle place ses constatations dans le contexte du droit international en élaboration et qu'elle ne minimise ou ne banalise pas les expériences des femmes durant la guerre. Dans sa conclusion, la Coalition a pressé la Commission de s'assurer que ses recommandations au gouvernement de la Sierra Leone et à la communauté internationale prennent en considération les besoins particuliers des survivantes.
Le cadre juridique est de mieux en mieux adapté pour répondre aux besoins des femmes et des filles dans les situations de conflit, en particulier dans les cas de violence sexuelle, comme le montrent les importants travaux des tribunaux pénaux internationaux. Mais il reste beaucoup à faire, surtout pour améliorer la prévention et lutter contre l'impunité.
-- Kofi Annan
28 octobre 2002